Le blog de Louis Porcher

Thune(s)

Un trait fascinant, dans l’argot, est formé par des mots qui se trouvent exprimés (donc exprimables) de manière multiple. On sait, par exemple, que l’argent possède une flopée d’équivalents argotiques, dont, probablement, chacun joue un rôle distinctif sociologiquement, c’est-à-dire selon les strates d’appartenance, c’est-à-dire encore plus précisément, selon les strates auxquelles on veut faire croire qu’on appartient (comme, plus « scientifiquement » (?) chez Labov, à travers, par exemple, de l’hypercorrection phonétique de la petite bourgeoisie américaine).

Sonorités

Quand j’étais très jeune, en classe de troisième, j’ai été témoin d’une scène qui reste encore pour moi aujourd’hui, fortement énigmatique, bien qu’elle ne revête aucune importance, même sans doute linguistiquement. Nous avions subi une dictée dans laquelle se trouvait un mot au moins directement issu de l’italien. L’une des questions sur le texte consistait à proposer d’autres noms dérivés de cette langue. Nous nous sommes allègrement lancés, en privilégiant une terminaison en « o ».

Fatigues

Il y a, quelque part dans l’œuvre de Proust, une analyse de ce qu’il appelle magnifiquement « les épuisés infatigables », tous les individus qui se régénèrent en parlant, qui reprennent des forces dans la conversation, comme si la parole constituait pour eux un carburant. Je suis persuadé que nous en connaissons tous plusieurs, de ces gens qui semblent faits pour parler, discuter, aligner des phrases.

Indulgence et compréhension

En 1946, juste après la fin de la guerre, le Recteur de l’Académie de Paris a décidé de créer un examen spécial d’entrée à l’université, qui, comme le baccalauréat, donnerait accès à l’enseignement supérieur. C’était une seconde chance pour ceux qui avaient gâché leur enseignement secondaire. Il n’avait de valeur que pour la Sorbonne (alors la seule université de la capitale), comme c’était normal puisque l’initiative était seulement locale.

Qui est jeune (ou vieux) ?

C’était pendant un de mes cours de maîtrise FLE (aujourd’hui master 1). J’essayais de faire comprendre aux étudiant(e)s ce qu’étaient les effets intergénérationnels. Les élèves ne vieillissent pas, puisqu’ils se renouvellent. Les enseignants si. Il est clair qu’un enseignant de trente ans est, culturellement et socialement, plus proche de ses étudiant(e)s que s’il a soixante ans. La proximité culturelle contribue à la connivence, la complicité, entre des élèves et un prof.

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