Le blog de Louis Porcher

Argot

Le bon vieil argot, ancien comme les siècles, est en train d’agoniser. Non pas comme objet de recherche, au contraire : à cet égard, il est proliférant, comme si, venus de partout, des frères multiples accouraient au chevet de « la mamma ». Mais c’est la pratique argotique qui s’effiloche et vit probablement ses dernières décennies. De moins en moins de gens sont capables de le parler et de le comprendre, de moins en moins d’usages lui sont consacrés.

Liaisons mal t’à propos

Il semble bien qu’existent des erreurs électives en ce qui concerne les liaisons, à l’oral. Je ne parlerai même pas de celles qui, désormais, ne se pratiquent plus du tout, alors qu’elles ont une valeur sémantique décisive. Après ils ou elles, par exemple, on ne prononce plus la liaison, si bien qu’il devrait s’agir, en bonne logique, de il ou elle. J’ai tendance à penser qu’il s’agit d’un snobisme, mais je n’exclus pas tout à fait qu’en vérité c’est une ignorance de conjugaison qui s’exprime ainsi.

Langues maternelles ?

Dans le bistro où je me rends chaque matin pour boire un café, la clientèle est constituée de ce que l’on eut appelé autrefois « le petit peuple ». Ce sont essentiellement des ouvriers des chantiers voisins, des hommes. Mais la modernité étant ce qu’elle est devenue, ils sont massivement étrangers, si bien que les conversations juxtaposées se déroulent en de multiples langues qui, je m’en amuse à chaque fois, se côtoient dans les rires et les fortes paroles.

Mélanges langagiers

Si vous vous trouvez à côté de deux (ou plusieurs) étrangers qui parlent la même langue maternelle, vous pouvez constater rapidement que cette parlure étrangère est entrelardée de quelques mots de français ou même de morceaux d’énoncés francophones, qui ne provoquent aucun réaction chez les interlocuteurs et ne se manifestent par aucune rupture de ton, de rythme ou de volume chez le locuteur. Comme une sorte d’idiome en soi, à la fois ancien et singulier.

Phoner ?

« T’es où là ? ». Désormais c’est une sorte de discours obligé et la légende s’est déjà emparée de cette espèce de psalmodie. Si bien qu’on ne sait plus s’il s’agit seulement d’un stéréotype ou d’abord d’une pratique effective. Notons d’ailleurs, au passage, qu’on ne transcrit jamais : « Où es-tu là ? », comme si cette forme interrogative relativement tendue (c’est-à-dire simplement ordinaire dans l’ordre de la parole) était évitée.

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