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Poids lourd

Lorsque vous désirez vous pousser du col, paraître d’une modernité qui laisse sur place tous vos semblables, vous devez, toutes affaires cessantes, provoquer les occasions d’orner vos phrases d’un superbe « C’est du lourd ». D’abord une telle expression confère à ce que vous venez de dire, un poids supplémentaire qui souligne le sérieux de votre propos. « Un discours d’importance » eut commenté le cher Bourdieu. Il est utile d’accompagner votre commentaire d’un air ostensiblement compassé, votre tête prête à chavirer (sans doute tellement lourde…).

A table

Nous assistons, en ce moment même (phénomène rarissime pour notre attention individuelle), à la montée au firmament d’une expression qui n’est pas nouvelle mais qui vient de conquérir la première place dans les manières de parler et qu’il faut absolument utiliser si l’on veut apparaître comme un être « in », dans le coup, à la page. Il est vraisemblable que ce sont les médias qui ont enclenché l’événement avant de lui donner ses lettres de noblesse.

Autodidaxies

Il convient, préalablement, de donner une définition rigoureuse du concept d’autodidaxie. C’est un apprentissage solitaire sans aucune aide institutionnelle, aucun enseignant en chair et en os, donc. En revanche, les matériels pédagogiques considérés par l’impétrant comme adéquats, font partie de l’autodidaxie. On sait qu’en France (mais bien ailleurs aussi), les méthodes élaborées pour cette pratique sont particulièrement nombreuses, Assimil restant la plus connue.

Littératures

A cet égard, la pédagogie des langues étrangères s’est, depuis toujours, divisée en deux camps, bien entendu antagonistes, et qui, tous les deux, profèrent hautement le contraire de ce qu’ils préconisent par ailleurs : l’autre camp (donc l’autre tout court) se compose d’abrutis, d’ignares, d’arrogants, de sectaires, qui ne comprennent rien à ce qu’est un enseignement efficace des langues. L’un et l’autre sont constamment en train d’excommunier l’autre.

Comme un natif

L’expression a, durant des décennies, fait beaucoup de dégâts. Elle était courante dans les discours quotidiens de tous ceux qui parlent pour ne rien dire et se contentent de tonitruer des banalités. Mais, plus gravement, elle se mit à encombrer les enceintes scolaires, comme un mode de sélection capable de départager les bons élèves en langue vivante des moins bons. Parler comme un natif constituait le sommet de cette pyramide, l’indépassable, l’Everest.

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