Texte de cadrage du colloque des 30 ans de l’Asdifle en hommage à Louis Porcher

1986 – 2016

30èmeanniversaire de l’Association de didactique du FLE

Le FLE/S dans tous ses états : dialogues avec Louis PORCHER

 

Depuis trente ans, l’association de Didactique du Français langue étrangère (Asdifle) joue un rôle de carrefour dans le champ de la didactique du français langue étrangère et seconde (FLE/S) et ses acteurs en nourrissent la réflexion scientifique et didactique. C’est une partie de l’histoire sociale de la didactique des langues que l’Asdifle accompagne et à laquelle elle contribue. La création de l’Asdifle s’est inscrite en 1986 dans la configuration sociale et académique des années quatre-vingts qui a vu apparaitre les filières universitaires consacrées à part entière à la didactique du FLE/S ainsi que les certifications pour étrangers (DELF/DALF). L’Asdifle a ainsi contribué au processus de légitimation institutionnelle nécessaire à la spécification d’un champ disciplinaire qui s’est nourri des relations théoriques et scientifiques entretenues avec des disciplines comme les sciences du langage ou les sciences de l’éducation, et également des didactiques connexes, qu’il s’agisse de celles du français langue maternelle ou de celles des langues étrangères.

Le colloque, organisé à l’occasion des trente ans de l’Asdifle, s’appuie et se décline sur les travaux de Louis Porcher, qui fut l’un des principaux promoteurs institutionnels du champ de la didactique du FLE/S, et fut également à l’origine de la création de l’Asdifle en 1986, qu’il a constamment soutenue, contribuant, par son investissement fidèle, au dynamisme et à la pérennité de l’association.

La portée des travaux de Louis Porcher est immense. Une large part de ce que l’on observe aujourd’hui en didactique du FLE/S est marquée par sa réflexion, et les acteurs du champ, à travers les diverses positions qu’ils occupent, doivent beaucoup à son action institutionnelle. C’est un défi riche d’intérêt de cerner ce chercheur aux multiples casquettes : philosophe, sociologue, spécialiste des médias, didacticien des langues, sans oublier son engagement précurseur en faveur de l’éducation artistique, de l’éducation aux médias, de l’éducation diététique, de la place de l’écologie à l’école ou plus récemment de l’éducation comparée. Le rayonnement intellectuel, scientifique, didactique et pédagogique de ce « passeur », est visible au travers de la publication de dizaines d’ouvrages (traduits en plusieurs langues) et de centaines d’articles toujours pertinents aujourd’hui. Cette production scientifique impressionnante démontre à quel point Louis Porcher fut visionnaire, embrassant l’ensemble des « sciences humaines ». Les étudiants, doctorants et enseignants qu’il a formés (notamment au département de FLE de l’université de la Sorbonne Nouvelle - Paris 3) constituent un réseau témoignant de son influence majeure sur le champ.

Croiser les travaux de l’Asdifle avec les axes de réflexion privilégiés par Louis Porcher donne l’opportunité de faire une « promenade bachelardienne » à travers trois grandes thématiques :

-          la première la plus représentative, explore la didactique des langues (du FLE/S en particulier) et la question de l’interculturel ;

-          la deuxième regroupe une série de réflexions autour de la philosophie, de l’éducation et de la sociologie ;

-          la troisième, s’organise autour de la sémiotique, de la communication et des médias.

 Ces thèmes constituent des « objets » centraux qui sont toujours à ré-interroger et à ré-investir, dans une démarche de mise à distance où la construction du présent est empreinte d’histoire.

C’est pourquoi, l’Asdifle, en partenariat avec le laboratoire Diltec (Didactique des langues, des textes et des cultures, université de la Sorbonne-Nouvelle, Paris 3), propose, à l’occasion de son 30ème anniversaire, un colloque qui rende hommage à Louis Porcher. Pour être au plus près du dynamisme et de la créativité qui a marqué sa carrière, l’hommage se voudra prospectif et résolument tourné vers l’avenir, en débattant des questions vives du champ aujourd’hui. L’actualité de la didactique du FLE/S en 2016 sera donc abordée au travers des trois axes cités, qui permettent de la décrire, de la comprendre, de l’interroger et de continuer à la construire, sous des angles disciplinaires à la fois divers et complémentaires.

 

Déclinaison des trois axes

Axe 1 : « Didactique(s) du FLE/S et interculturel »

L’option généreuse promue par la pédagogie interculturelle doit beaucoup aux travaux du Conseil de l’Europe, à partir de 1962, et en particulier aux réflexions et à l’implication de Louis Porcher[1] qui tracera les pistes et balisera les chemins à parcourir dans et pour une telle démarche, soulevant les difficultés et obstacles (plus nombreux sans doute que les solutions) qui se dressaient dans l’urgence. Le terme « interculturel » qui apparaît en France, en 1975, dans le cadre scolaire, par le biais de la question migratoire, va rapidement s’imposer dans la sphère didactique, et dans celle du FLE/S. Les interrogations que la prise en charge linguistique des migrants et de leurs enfants[2] posera, vont impulser et entrouvrir des voies d’une démarche culturelle, puis interculturelle efficiente, générant une réflexion didactique en FLE/S. Au cœur de ce « paradigme interculturel », s’imbriquent différents concepts parmi lesquels celui de « culture » occupe une place éminemment prédominante. On n’oubliera pas non plus dans les préoccupations didactiques de Louis Porcher, les réflexions développées autour de l’évaluation qui ont permis la création du DELF et du DALF et du français sur objectifs spécifiques, avec son célèbre article sur « M. Thibault et le bec bunsen ».

Ø  Quelle place occupe l’interculturel dans la réflexion didactique actuelle et les outils pour la classe ?

Ø  Quelles déclinaisons proposer « pour des démarches interculturelles qui répondent aux défis d’un monde de plus en plus pluriel et complexe ? »

Ø  Quelles orientations méthodologiques en FOS ?

Ø  Quel rapport à l’évaluation ?

Axe 2 : « Philosophie, sociologie et éducation »

Actuellement, les enjeux politiques et sociaux que développent les rapports entre le « même » et « l’autre » dépassent largement les frontières nationales, qu’il s’agisse de l’intégration des migrants, de l’accueil des réfugiés, ou de la définition du périmètre démocratique. Dans ce cadre, la didactique des langues, et notamment du FLE/S, oscille entre une démarche interventionniste et pragmatique et une démarche réflexive, qui entend prendre une distance radicale et critique avec la première. Par ailleurs, les trois niveaux de réflexion repérables – celle qui concerne la formation des enseignants, celle des formateurs de formateurs et celle des chercheurs – semblent tout à la fois poreux et cloisonnés. La complexité et la vitalité du domaine ne doivent cependant nous faire renoncer ni à l’action, ni à la posture réflexive, bien au contraire. Sur ce point, l’œuvre de Louis Porcher apporte plus d’un éclairage intéressant et encourageant. G. Bachelard et P. Bourdieu constituant ses grandes références, il les active sans jamais cliver ou réduire les unes aux autres les perspectives philosophiques, sociologiques et pédagogiques[3]. Son approche processuelle, orientée vers l’agir collectif, mais marquée par la perspective critique est traversée par la question de l’altérité.

Ø  Quel est l’apport de cette réflexion du côté des politiques linguistiques et éducatives ?

Ø  Comment pense-t-on actuellement le rapport à l’autre en didactique des langues ?

Ø  Y a-t-il une ou des philosophies qui continuent d’irriguer la pensée didactique ?

Axe 3 : « Sémiotique, communication, médias »

Les technologies (multi)médiatiques sont devenues, dans les trente dernières années en particulier, omnipotentes et omniprésentes dans les sphères familiale, professionnelle, éducative. Leur pénétration dans la citadelle scolaire est aujourd’hui manifeste et interpelle les didactiques des langues – et celle du FLE/S notamment – qui se sont saisies d’un phénomène qui interroge à la fois les pratiques, mais aussi les dispositifs d’enseignement-apprentissage, aux niveaux diachronique et synchronique, macroscopique et microscopique. Les TICE sont entrées dans la classe, « de manière invisible, comme un constituant essentiel du capital culturel des élèves » (L. Porcher) que l’on ne peut guère ignorer et l’habitus médiatique engendre une autre relation au savoir et, vraisemblablement, une autre manière de le partager. Les questions relatives à la formation des acteurs concernés, aux limites et aux avantages des outils connectés, font l’objet de réflexions, de travaux et de recherches qui ne sont pas nouveaux, mais demeurent toujours et encore d’actualité, et méritent d’être constamment réinterrogées.

Ø  Quelle place pour les TICE en classe de FLE/S en 2016 ?

Ø  Quels enjeux et perspectives ?

Ø  Quelles modifications/implications didactiques et/ou pédagogiques constater et espérer ?

 

[1] Porcher L. (1981), L’Éducation des travailleurs migrants en Europe, L’interculturalisme et la formation des enseignants, Strasbourg, Conseil de l’Europe.

[2]Porcher L. (1984), L’enseignement aux enfants migrants ? Paris, Didier.

[3]Porcher L. (dir.) (1986), La civilisation, Paris, Clé International ; Porcher, L. (1987), Champs de signes, Paris, Didier ; Porcher L. et Abdallah-Pretceille M. (1998), Éthique de la diversité et éducation, Paris, PUF ; Porcher L. et Groux D. (2003), L’altérité, Paris, L’Harmattan.

Pour télécharger le texte de cadrage du colloque cliquez ici.

 

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