Hiérarchie des langues

Il y a belle lurette que le célébrissime combat entre le français et l’anglais est devenu lui-même obsolète. C’était un match entre deux prétentions à dominer le monde. Pour l’instant, l’anglais l’emporte sans la moindre discussion. Ne pas le voir c’est être aveugle. L’accepter est une autre histoire. Mais c’est de politiques linguistiques en général qu’il s’agit. Je regrette infiniment que cette dimension soit totalement, ou presque, négligée par les didacticiens des langues. Dans peu de temps, ce sont les politologues, en pleine ascension universitaire, qui s’approprient totalement ce champ.

En effet, il nous faut cesser de prendre la langue française comme le nombril du monde, et de considérer, avec morgue et arrogance, comme on continue de nous le reprocher, les autres langues de la planète. Il y a très longtemps que les chercheurs suédois, néerlandais, allemands, etc. se trouvent contraints de publier leurs travaux scientifiques dans une autre langue que leur langue maternelle. Qui s’en est véritablement soucié parmi nous ? Qui a agi pour les aider à se rétablir dans leur propre langue ? En vérité nous contestons le monopole de l’anglais mais seulement à notre profit.

Donc cessons de récriminer, de nous plaindre, quand notre langue est traitée, dans le domaine des publications de recherche, de langue morte. Nous ne gouvernons plus l’univers même si quelques-uns ne l’admettent pas et rêvent de réinstaurer une sorte d’empire français sur tout ce qui relève des biens culturels. Qui, parmi nous, a fait plus que verser une larme sur l’éradication, l’étouffement par la « langue centrale », de ce que nous appelons, par consensus (d’ailleurs plein de sens) « les langues régionales ». La « guerre des langues », pour imiter Louis-Jean Calvet, le seul sans doute à se remuer vraiment, nous l’ignorons. Ce sont les vainqueurs, toujours, qui racontent les guerres.