Compétition

Ce que met en évidence le « classement de Shanghai » (et tous ceux qui se préparent un peu partout), c’est non seulement la mondialisation universitaire (et on ne voit pas bien pourquoi les enseignements supérieurs échapperaient au mouvement global de la planétarisation), mais la naissance, de plus en plus visible, de la compétition entre les pays à travers leurs universités. Aucun ne s’y est trompé. Ces « ornements » anciens, longtemps réservés à un tout petit nombre et à renouveler la provision d’intellectuels (ceux qui ne travaillent pas de leurs mains) dont le pays avait besoin deviennent désormais de véritables machines de guerre (au sens le plus strict de ce terme).

Ce palmarès traduit concrètement (en particulier grâce au recours à l’écho médiatique) que, désormais, le monde universitaire s’inscrit parmi le patrimoine d’une nation, parmi ses richesses et fait partie de sa puissance. Comme mécaniquement, cette prise en compte, ou, si l’on veut, cette appartenance, ont engendré aussitôt une compétition féroce entre les pays (évidemment les mieux dotés et les plus développés, c’est-à-dire ceux qui tiennent, pour l’instant, le haut du pavé).

Dorénavant, on tend à oublier la mission pédagogique des universités (la culture qu’elles doivent distribuer, depuis deux siècles en France, à leur public) au profit de leur fonction de recherche, qui, fondamentalement, dans les représentations du monde d’aujourd’hui, tend à s’exprimer en termes de découvertes réutilisables, technologiquement efficaces, et qui se traduit, en bout de course, par des transformations « concrètes » (ah ! le concret) du monde. Et, en effet, au cours du dernier siècle, celles-ci abondent et ont profondément modifié nos modes de vie et, donc, nos manières d’être.