Sciences sociales

On a beaucoup critiqué, et souvent à tort et à travers, les « classements de Shanghai », pour ses manques, ses lacunes, ses choix et ses erreurs. On épilogue peu, en revanche, sur le fait qu’il provienne de Chine, qui incarne pourtant un avenir incertain et auquel il importerait, me semble-t-il, de porter attention. Bon. Parmi les déficits couramment dénoncés, figure la très faible place (au minimum) réservée aux sciences sociales. Tout semble orienté vers l’efficacité technologique, le pragmatisme scientiste (et non scientifique).

On a raison de souligner une telle déformation. Celle-ci tient sans doute à la difficulté intrinsèque d’appliquer à ce domaine les critères qui sont appliqués aux « sciences dures ». La culture ne s’évalue pas par un instrument de mesure aussi rustique que les performances scientifiques. Or, dans le développement des civilisations, les réputés « inutiles » ou même dangereux : artistes, écrivains, passionnés de compréhension simplement humaine, jouent un rôle décisif et il est certainement vain de croire que, sous peu, les pays pourront être gouvernés par la simple application de mouvements technologiques.

La part de l’impondérable, c’est-à-dire de ce qui ne peut pas être réduit à la simple efficience, est certainement impossible à diminuer jusqu’à la disparition. C’est en cela que la didactique des langues et des cultures a un rôle fondamental à jouer. A condition toutefois qu’elle se transforme elle aussi, qu’elle s’élargisse et ne résolve pas au sempiternel ressassement du linguistico-linguistique. La sociologie, l’épistémologie, la psychologie et, par-dessus tout, la littérature et la philosophie, doivent tenir toute leur place dans ce grand courant de l’émancipation des sociétés et des individus qui leur donnent leur chair.