Les étudiants sont parmi nous

Une autre lacune, profondément béante, de ce fameux palmarès de Shanghai c’est l’absence quasiment totale de prise en compte de l’enseignement dans les universités. Je conçois bien qu’on mette l’accent sur la recherche, mais je n’accepte pas qu’on néglige, qu’on méprise, qu’on ignore les activités dites pédagogiques. Dans toutes les sociétés et sous tous les régimes, l’université compte parmi ses fonctions, la formation des étudiants, l’élaboration de leurs compétences, l’ameublement de leurs esprits.

Serait-ce à dire que cette activité-là est ignoble (au sens strict : sans noblesse), qu’elle n’est que le tout-venant et que les cracks, les beaux esprits, les « fils d’archevêque », ne se salissent pas les mains à évangéliser quelques cohortes de jeunes gens (filles et garçons, bien entendu), et qu’ils laissent ce travail aux sans grade, aux piétons, aux besogneux ? Je n’ose le croire et, en tout cas, je ne l’admettrai jamais. Je déplorerais plutôt que le métier d’enseigner soit, depuis des siècles, éloigné du prestige.

Sans doute est-il plus difficile de trouver des critères fiables de qualité d’un enseignement (efficacité ? bonheur ?) que de se mettre d’accord sur les composantes d’une bonne recherche (encore que le nombre des prix Nobel, par exemple, me paraisse résulter d’une certaine naïveté ou d’un cynisme certain). Mais la tâche n’est nullement insurmontable. Il suffit de s’y mettre, c’est-à-dire de considérer d’abord que l’enseignement constitue une activité essentielle, et que des différences existent, sont repérables, en son sein. Vous comprenez tous, j’imagine, que si l’on faisait toute confiance au classement de Shanghai, la didactique du français langue étrangère n’aurait aucune place, rejetée au magasin des accessoires.