Gérer, disent-ils

Les sciences de la gestion (appellation pompeuse mais pas plus que celles des sciences du langage ou sciences de l’éducation, et qui, comme elles, datent d’une époque où l’on ne donnait sa confiance qu’à tout ce qui était marqué du sceau, au moins apparent, de sciences), ont très rapidement envahi tous les cursus universitaires et sont devenues le nec plus ultra des formations les plus huppées. Dans le même temps, les universités ont été peu à peu assimilées à des entreprises, considérées comme telles. Et, par conséquent, il fallait les « gérer ».

L’assimilation est d’ailleurs fallacieuse. S’il est vrai que certains aspects des universités sont effectivement comparables au monde de l’entreprise, beaucoup d’autres restent de part en part singuliers et ne s’apparentent en rien à l’entreprise. Il n’en reste pas moins que les universités, au moins en France, sont désormais de si grosses machines (par leur volume, certes, mais aussi pas leur diversité) qu’elles demandent, pour les diriger et les administrer, des compétences véritables, des savoirs et des savoir-faire, que l’on n’acquiert que dans l’enseignement supérieur.

Or, le « classement de Shanghai » n’en dit mot. Alors que les filières de gestion se sont multipliées, dans presque toutes les universités, elles n’ont aucune place dans le palmarès. Personne, parmi les spécialistes autoproclamés, ne semble avoir remarqué cette lacune pourtant flagrante. Il est clair pourtant aujourd’hui, qu’un classement des excellences universitaires ne saurait faire l’économie de ce domaine, qui a, d’ailleurs, lui-même, secrété sa propre échelle de valeurs. Pour cette raison aussi, il est impératif que le palmarès de Shanghai soit profondément revu parce qu’il ne fournit nullement une photographie fiable des performances universitaires. L’entreprise (si j’ose) est urgente.