Les environnements

On en parle peu par ici. Mais si toutes les premières places du classement de Shanghai sont occupées par des universités anglo-saxonnes (américaines, surtout, certes, mais aussi britanniques par le truchement d’Oxford et Cambridge), ne serait-ce pas aussi (j’insiste évidemment sur ce dernier mot) parce que celles-ci sont toutes dotées de campus magnifiques, vastes, pelouses, arborés, où l’on peut à la fois s’aérer, se promener, s’allonger, en tout cas prendre le calme, s’adonner au farniente, à un ou plusieurs.

J’ai moi-même enseigné pendant quinze ans dans une université américaine et je conserve du campus un souvenir épanouissant, comme si l’on se trouvait à la campagne. Je travaillais mieux qu’en France, plus intensément et plus heureusement. Je suis sûr que les étudiants aussi. Il faut se féliciter de ce que beaucoup d’universités françaises, surtout, bien entendu, parmi les plus récentes, s’orientent décidément vers la création de tels espaces ouverts (que, si l’on veut être dans le coup, il faut évidemment appeler « open spaces »).

Je déplore hautement, même si je suis le seul de mon avis, que le palmarès de Shanghai ne tienne pas du tout compte de cette importance, à mes yeux cruciale, de l’environnement. Dans les pays voisins du nôtre, il n’est pas rare que de telles perspectives « naturelles » (vers la nature) existent. Je suis absolument convaincu que ce développement de la qualité de vie contribue fortement à l’épanouissement des étudiants et des professeurs, et améliore les performances. Nous constatons donc qu’il s’agit là d’une vraie lacune dans le classement de Shanghai : pourquoi, en effet, le bien-être ne ferait-il pas partie de l’excellence ? Vestiges redoutables de l’ancienne croyance selon laquelle il faut souffrir pour réussir.