Apprentissages sauvages

Les médias qui, par leur exemple et leur capacité de pénétration, constitueraient, à première vue, la voie optimale que pourrait choisir un autodidacte, ont désormais déclaré forfait, depuis qu’ils sont très brutalement soumis aux impératifs d’audience, donc de publicité, donc d’argent. Pendant plusieurs années, la principale chaîne publique de télévision a diffusé un programme d’apprentissage de l’anglais (d’ailleurs excellent) ; il est dorénavant balayé.

Une sorte de choix de plus en plus fréquent et que l’on devrait sans doute appeler « mixte » consiste à mener un apprentissage « panaché ». On commence par une autodidaxie complète, puis, au bout d’un certain délai, quand on considère qu’on ne peut plus avancer seul, on se met à fréquenter une institution (on a moins peur, lesté d’un bagage préalable, de s’exhiber devant « les autres ») qui permet d’asseoir l’apprentissage lui-même, de mieux l’organiser aussi. Ou bien, on procède à l’inverse. On s’inscrit dans une institution d’emblée, pour franchir avec plus de sécurité et d’assurance, les premières étapes ; puis quand on perçoit que les bases sont établies et qu’on se sent capable d’assumer un apprentissage autodidacte, on abandonne, l’institution et on prévoit de continuer la route en solitaire, de rentabiliser les fondements acquis « classiquement ». Ces parcours mélangés ont désormais tendance à se répandre, sans doute parce qu’ils correspondent à un état de la société, à un consumérisme pédagogique qui caractérise une société de l’éclatement, une discontinuité maintenant constitutive d’un nombre sans cesse plus grand de gens. Chacun, apprenant potentiel, se perçoit en outre comme capable de définir ses propres besoins langagiers, donc de savoir ce qu’il veut apprendre, pour aller, vers l’efficacité maximale pour lui.