Ignorances

Les erreurs contre la langue française ne sont évidemment pas rares dans les médias français. C’est statistiquement inévitable. Les journaux, pour prendre le support le plus modeste, regorgent de ce que l’on appelle pudiquement des coquilles. Le Canard enchaîné met en exergue, depuis des décennies, ces « perles ». Les lecteurs du Monde, dont le journal publie chaque samedi, des textes, sont particulièrement vigilants à l’égard de ces « laxismes » (comme ils disent). Au fond, il s’agit plutôt d’un jeu de société que d’une sanction véritable.

Il y a des erreurs électives dans tous les journaux : l’accord du participe passé avec l’auxiliaire avoir en fait partie. J’ai la nette impression que personne (parmi les rédacteurs) ne sait plus de quoi il s’agit. On se souvient vaguement que, sur ce point, existe une certaine bizarrerie de la langue. Mais rien de plus. Les règles lexicales ne doivent pas, en principe, se préoccuper de la pression quantitative qui s’exerce sur elles, je le sais. Il conviendrait tout de même de s’interroger : ne serait-il pas temps d’accorder, officiellement une « tolérance » à ce propos ?

Est-ce que cela porterait atteinte à la fameuse « intégrité de la langue », qui n’est rien d’autre qu’une construction des hommes à un moment donné ? Je n’en sais rien, mais je suppose que de multiples argumentations existent. Il en va pareillement avec le verbe « se rappeler ». Tous les journalistes, comme tous les consultants, se gargarisent de « je m’en rappelle » comme de « il (elle) se rappelle de sa jeunesse ». Que ce verbe soit transitif direct, à la différence de se souvenir, personne ne le sait plus ou n’en tient plus compte. Et nul, parmi les usagers médiatiques, ne paraît avoir de doutes à ce sujet. Faut-il y voir une nouvelle régularité linguistique ? En tous cas, c’est au moins un usage, que bien des linguistes considèrent comme le seul principe viable.