Liaisons

J’ai déjà consacré plusieurs contributions à ce sujet, je ne l’ai pas oublié. Il faut remarquer d’emblée que, s’agissant d’un phénomène qui, par définition, ne se marque que dans la langue orale, l’écrit semblant l’avoir abandonné depuis des siècles. C’est donc à la radio ou à la télévision qu’il est loisible de repérer les manquements. Il importe enfin de souligner que, dans le courant de la parole, ces erreurs ne se notent pas nécessairement, ou, tout au moins, on a à peine le temps d’y songer sérieusement.

J’en ai retenu deux seulement, parce qu’elles sont récurrentes et se produisent plusieurs fois par jour. Tel événement « va-t-être » grandiose. Je suis un peu effaré de constater que beaucoup de personne commettent un tel cuir, comme s’il y avait une attraction particulière pour un son de liaison avec le « va ». Quand c’est le fait d’un consultant, passe encore (en vérité, non, mais multiplions l’indulgence), mais lorsque l’auteur est un journaliste, plusieurs fois par jour, il y a un problème : quelqu’un pourrait en effet aisément le corriger. Mais visiblement non. Preuve que l’erreur ne choque personne.

Parce que nous avons bien devant nous une erreur et pas une liaison omise. Là, au contraire, on en rajoute. Une autre forme, pareillement fréquente mais différente : les « mille z’enfants » (ou les huit ou les vingt, etc.). Particulièrement agressive pour l’oreille, cette adjonction d’un « s » serait, elle aussi, facile à corriger. L’apprentissage indispensable ne semble pas insurmontable. Personne, là aussi, ne le signale à l’impétrant sans doute. Soit les journalistes s’en battent l’œil, soit les destinataires eux-mêmes (nous) s’en foutent, soit les « vociférateurs », aurait dit le vieux Canac, sont tellement ignorants de la langue qu’ils emploient, qu’ils persistent sereinement dans l’erreur.