SMS

Je me sens totalement démuni devant la communication quotidienne par SMS. Non que je méprise le phénomène, au contraire, et j’en fais d’ailleurs un  usage quotidien. C’est la forme qui me gêne, celle que les plus jeunes maîtrisent parfaitement, entre eux, et qui, de fait, exclut toute une partie de la population. Il s’agit d’un savoir-faire (qui résulte, comme les autres, d’un savoir) dont les protagonistes ne mesurent pas les tenants et les aboutissants. Je suppose bien qu’on l’acquiert, qu’il n’est nullement interdit, mais je n’accède pas à cet univers partagé.

Le journal Libération publie presque chaque jour, des textes de SMS. Ils me laissent régulièrement perplexe. Je connais, comme tout le monde, le « C » qui signifie « c’est », tellement intégré à la quotidienneté que plusieurs émissions de télévision (et, sans doute de radio) l’ont adopté dans leurs titres : « C dans l’air » ou « C politique », par exemple sur France 5 (télévision nationale et publique). Je vais péniblement jusqu’aux « biz » qui concluent désormais presque tous les courriers électroniques, mais, même là, j’éprouve comme une gêne.

Les SMS que publie fidèlement le journal, je sais bien qu’ils sont aisément lisibles et qu’il suffit, pour cela, comme pour toute lecture, de savoir décoder les mécanismes qui les ont engendrés. Mais justement, je n’y parviens pas. L’autre jour, dans une salle d’attente, je me trouvais à côté d’une jeune femme qui envoyait frénétiquement des SMS que je voyais parfaitement : sa vitesse et sa sûreté m’éblouissaient. Il s’agit, à coup sûr, d’une nouvelle compétence (double, en lecture et en écriture). Je ne suis plus de ce monde. Pas marrant d’être vieux, même si je sais bien aussi qu’un grand nombre de mes contemporains a acquis ce savoir-faire. N’empêche : c’est visiblement un nouveau monde et il faut l’enseigner.