Définitions

Dans ma jeunesse, on disait joliment que le système éducatif se caractérisait par sa « viscosité », c’est-à-dire sa faible capacité et sa lenteur (et aussi ses résistances) à se transformer. Et pourtant il se modifie sans que ses acteurs (enseignants) ne s’en aperçoivent toujours. De ce point de vue, l’histoire de l’éducation (et pour nous, singulièrement, celle de notre discipline) est particulièrement éclairante. Les contributions de la SIHFLES sont, à cet égard, très précieuses et nous aident à mieux mesurer le chemin parcouru.

J’ai feuilleté ces jours-ci, pour des raisons de travail (et aussi pour le plaisir) de vieux manuels de français. L’un, de 1883 (qui, d’après ses tirages, était extrêmement répandu) visait explicitement à enseigner la grammaire française. Il comportait, comme en annexe terminale, un mini-dictionnaire. Je suis tombé sur le mot « Guinée ». La définition mentionne qu’il s’agit d’un pays d’Afrique et qu’il est « peuplé par des Nègres » (la majuscule n’est pas de moi). Comme quoi le respect des Africains, dans ces débuts de l’école primaire laïque, gratuite et obligatoire, n’était pas encore né (c’est le moins qu’on puisse dire).

L’autre manuel sur lequel j’ai travaillé est un dictionnaire de 1920. La définition de l’adverbe « gaiement » dit : « avec gaieté » et fournit comme exemple : « ils marchaient gaiement à la mort ». Je vois bien que la « Grande Guerre » était à peine terminée et qu’un patriotisme exalté régnait. Une leçon à en tirer consiste sans doute à souligner que les outils pédagogiques sont toujours extrêmement dépendants des contextes sociaux et historiques dans lesquels ils ont vu le jour. Il faut donc les lire dans cette perspective et se demander, peut-être, quelles horreurs enferment, à notre insu, ceux qui se publient aujourd’hui.