Bourdieu

Il ne s’est pas fréquemment exprimé, dans ses écrits, sur les problèmes de l’enseignement des langues. Peut-être peut-on rapporter, tout de même, un bref passage de La reproduction où, stigmatisant la classe traditionnelle, où le maître parle et dit à un élève, selon la phrase célèbre : « Tais-toi et fais une phrase », il indique, dans cette pédagogie-là, les « réponses » des élèves « ne sont que des répons », l’évocation religieuse contribuant à mettre en évidence l’automaticité d’une réponse qui, en vérité, n’en est pas une parce qu’elle est une simple récitation, une régurgitation à l’identique.

Dans La distinction, une note de bas de page, indique rapidement, explicitement, que les profs de langue continuent à privilégier l’écrit, ne se hasardant pas à une pratique orale de la langue enseignée, « de peur de ne pouvoir l’enseigner comme on devrait l’écrire ». Phrase géniale, de justesse et d’attention, car elle dédouane les enseignants, qui ont légitimement toujours quelque chose à craindre, de leurs supérieurs, des parents d’élèves, des élèves eux-mêmes, etc. et, en même temps, pointe cruellement le déficit de notre enseignement des langues.

Rien n’a véritablement changé. Les études internationales (auxquelles il convient de ne pas attacher plus d’importance qu’aux omniprésents sondages, qui ne sont qu’un business particulièrement lucratif) montrent largement que les Français conservent la queue du peloton européen pour ce qui est de la pratique seulement correcte des langues étrangères. Les enseignants ne sont évidemment pas responsables de tout dans cet échec, mais il serait symétriquement inadmissible de prétendre qu’ils ne jouent aucun rôle là-dedans. Des travaux sérieux n’ont même pas été entrepris à ce propos.