Le capital social

Si l’on considère que l’école a la charge de contribuer à insérer au mieux les élèves dans un contexte professionnel et social (ce qui ne va pas du tout de soi mais constitue une tendance lourde de l’époque, et cela se comprend dans un contexte de chômage massif), alors elle doit faire entrer le capital social dans ses préoccupations et ne plus rechigner à l’enseigner. Beaucoup de pédagogues encore répugnent à prendre en compte ce capital, réputé sale et non noble. Seul compterait le capital culturel. Simplement, c’est faux.

Il existe de plus en plus, depuis des années, un capital social « objectivé » c’est-à-dire enfermé dans certains objets. Tous les annuaires, catalogues, etc., que sont-ils donc sinon du capital social offert à quiconque s’en charge ? L’école doit enseigner à utiliser ce capital « dormant » (en somme) car la domination sociale consiste justement à ne pas savoir comment on trouve une telle information, par quelles voies on peut se la procurer, puis comment on peut l’employer. Je ne vois pas en quoi enseigner cela, par exemple, serait se salir les mains.

Ou alors, il faut opter pour une éducation radicalement élitiste, non démocratique, dans laquelle les chances de chacun sont définitivement inégales. Proférer hautement des opinions « de gauche » et adopter un comportement conservateur, cela ne doit pas devenir le nec plus ultra de la conduite pédagogico-sociale adéquate. L’échec de l’école, c’est aussi et d’abord son inégalitarisme, parce que certains y arrivent démunis de tout alors que d’autres sont dotés au mieux de tous les savoir-faire. Si l’institution éducative veut contribuer à une égalisation des chances (slogan ressassé par presque tous), il lui faut prendre en compte et l’efficacité du capital social et le caractère indiscutable de celui-ci. C’est une sorte de devoir civique.