Socrate est-il mortel ?

Un jeune garçon, en classe de sixième, parle souvent avec moi, à propos de bottes, c’est-à-dire de choses et d’autres. Il aime bien et moi aussi. Il me demande, dans la conversation :

  • Qu’exerçais-tu, comme métier, avant d’être à la retraite ?
  • Prof.
  • Et de quoi ?

Il a raison. C’est nul de ne pas préciser ce que l’on enseignait. C’est mépriser l’interlocuteur.

  • De philo.
  • sophie ?

Encore un point pour lui. On n’a pas à tronçonner les mots. On n’a pas le feu aux fesses. Rien ne presse.

  • Qu’est-ce que la philosophie ?

Ça c’est vache, de la part d’un petit garçon. Je n’ai jamais enseigné qu’à des grands. Je décide de faire dans la facilité.

  • C’est réfléchir sur la vie et la mort, sur ce que nous faisons sur terre, sur le bonheur, etc.

Il écoute, se tait, réfléchit.

  • Ah ! Moi, j’aimerai cette discipline où les questions n’ont pas de réponse.

Il a déjà tout compris, ce petit bout. A l’heure où chacun veut calculer « le prix des choses qui n’ont pas de prix » (Bourdieu), tandis « qu’à leurs œuvres perverses, les hommes courent haletants » (Th. Gauthier), il me donne tout simplement une leçon, ce jeune garçon. Décidément, tout n’est pas perdu, rien n’est perdu.