Capital culturel II

Le capital culturel objectivé donne un rôle considérable à l’héritage : en effet, qui a été élevé au milieu des livres, ou des tableaux, ou avec un piano (ou, comme il n’est pas rare, avec les trois ensemble) possède un énorme avantage éducatif (et scolaire) sur qui a grandi dans un espace dépourvu de tout « matériau culturel ». Les caractéristiques de la scolarisation, aujourd’hui, sont telles qu’elles valorisent cet héritage et constituent, pour qui n’en a pas bénéficié, une sorte de handicap qui aura beaucoup de mal à se combler.

Une deuxième forme du capital culturel est le « capital culturel incorporé », c’est-à-dire celui que nous avons emmagasiné en nous, « dans notre tête » et qui, la plupart du temps, reste invisible. Les voies par lesquelles il a été accumulé ne comptent plus : il y a d’abord l’héritage, évidemment, mais aussi le travail personnel dans les diverses institutions qui se préoccupent, parfois sans le dire, du capital culturel individuel. L’école, elle, est explicitement au premier rang parce qu’elle est officiellement chargée de diffuser ce capital, dont beaucoup d’enseignants pensent même qu’il est le seul dont l’école doit se préoccuper (c’est faux, comme on le verra).

Comme toutes les « espèces » de capital (c’est le terme fixé par Bourdieu lui-même) la quatrième caractéristique du capital culturel est la suivante, décisive : plus il est grand et diversifié, plus il a de facilité à grandir et à se diversifier encore. D’où, notamment, l’avantage que possèdent, scolairement, ceux qui en héritent. On le dit souvent dans l’apprentissage des langues étrangères : c’est la première qui est la plus difficile ; quand on en arrive à la quatrième ou cinquième, le capital langagier accumulé rend la tâche beaucoup plus aisée. C’est rare, certes, mais démonstratif. Les enseignants de français langue étrangère le savent.