Voilà

Il y a une recrudescence des « voilà » dans la parole publique, ou, plutôt, médiatique. Le joueur de football (ou tout autre sportif), le chanteur (ou tout autre people), dès qu’on leur pose une question pourtant, par force, bien banale, surabonde de plus en plus de « voilà », pratiquement à chaque émission de voix. Ce n’est certes pas la première fois que je consacre une chronique à ce phénomène, mais il va en s’amplifiant, et il faut essayer (sans y croire vraiment) de l’endiguer. Même des profanes s’en rendent compte : nombreux sont ceux, depuis quelques mois, qui m’interrogent sur le sujet, parce que je leur parais être un spécialiste.

A quoi peut correspondre ce tic, cette pathologie langagière ? D’abord, sans nul doute, à l’obéissance à une scansion de la parole, à une sorte de ponctuation du rythme. En s’écoutant parler, les émetteurs saupoudrent leurs discours de « voilà » parce qu’ils leur semblent ainsi avoir accès à une véritable dignité de discours, de parole maîtrisée et qui ressemble ainsi à celle des people que l’on entend, c’est-à-dire que l’on doit imiter pour appartenir authentiquement au monde des personnalités. Etre ressemblant c’est exister. Ensuite intervient sans doute le phénomène du vide qui menace toujours toute prise de parole. On la meuble ainsi, on a l’impression de dire véritablement quelque chose au moment même où justement, on ne dit rien. « Voilà » est une cheville, mais aucun des usagers ne s’en rend compte clairement. On peut rêver à un discours qui, un jour, ne sera fait que de ce mot qui se répètera en boucle et grâce auquel les locuteurs se persuaderont qu’ils parlent effectivement. Remarquons, à cet égard, que, dans une conversation quotidienne, non médiatique, cette émission de voix disparaît aussitôt comme si elle était pondue par les médias.