Le capital social

C’est une espèce de capital social, radicalement déterminant dans la vie quotidienne, notamment sur le plan de l’insertion sociale et que, pendant longtemps, l’école s’est refusée à « travailler » ». Le capital social, en effet, c’est l’ensemble des gens et des institutions que vous connaissez et qui vous connaissent (cette réciproque est évidemment d’importance décisive). Comme les autres espèces de capital, le capital social est plus ou moins grand (vous connaissez plus ou moins de personnes) et plus ou moins diversifié (soit vous ne connaissez des gens que dans un seul domaine, soit vous en fréquentez dans toutes les catégories sociales).

« Ce volume et cette structure », comme dit Bourdieu avec un remarquable sens de l’économie de l’énonciation, il vous appartient, bien entendu, de les cultiver vous-même. Soit vous les accroissez, soit vous les négligez, soit vous les ignorez. Or, chacun de nous sait que la société globale fonctionne de cette manière : par relations. Nul n’ignore, par exemple, que si quelqu’un ne vous connaît pas, il ne vous « embauchera » pas. Beaucoup parlent, paresseusement, de « piston ». Mais ce n’est pas à cela que le capital social se réduit.

Il s’agit, plus profondément, du fonctionnement d’un système social, contre lequel seul le capital culturel (et encore, seulement dans quelques circonstances) permet de s’élever. Fondamentalement en effet, le capital social, dans ses débuts au moins, résulte d’un héritage familial. L’enfant hérite du capital social de ses parents. Inégalité sociale fondamentale. Il est du devoir de l’école de s’occuper du capital social. Elle est en effet le seul capital social de ceux et celles qui n’ont pas, par héritage, de capital social « classant ». Elle ne doit pas « tordre le nez », comme elle l’a fait pendant des décennies, sur ce phénomène, mais, au contraire, le prendre à bras le corps.