L’anglais-français

L’autre jour, l’un de mes amis, vieil homme retraité lui aussi, a failli perdre pied en me racontant son désarroi devant une jeune femme qui lui disait être invitée dans une « show-room » réputée à une exposition haut de gamme à laquelle elle tenait, mais ajoutait-elle, je suis affolée parce que je ne sais pas du tout quel est le « dress-code ». Bon, désarçonné, il s’est montré incapable de la débarrasser de son inquiétude, ne connaissant pas lui-même ces mots.

Quelle est la tenue vestimentaire prescrite pour se rendre dans telle salle d’exposition, cet énoncé, il l’aurait compris, sans se rendre compte que c’était d’un français suranné, dépassé, qui l’aurait classé dans les « has been », (vous voyez !). Dire en anglais ce qui était pourtant exprimé couramment, autrefois, en français, c’est, aujourd’hui exhiber, croit-on, sa modernité et son aptitude à prouver qu’on se trouve bien dans le coup, ou, si l’on préfère, dans le mainstream (encore !)

Cette infiltration d’une langue dans l’autre ne date pas d’aujourd’hui, depuis Etiemble au moins, et son « franglais ». Le très actuel « c’est cool » que les adolescents utilisent à longueur de journée (c’est agréable, sans problèmes ou plutôt sans difficultés psychologiques individuelles) reprend, avec un autre sens, l’ancien « cool » (doux, peinard) de naguère. De même pour clean, de plus en plus fréquent, mais qui date de loin.

Dans la plupart des cas, désormais, et c’est la nouveauté à laquelle il faut impérativement prêter attention, le mot anglais se contente de se substituer à un mot équivalent sémantiquement en français. Il en va ainsi, par exemple, pour « fight » (combat), qui est seul employé pour bagarres (de rue), ou pour luttes (sportives, par exemple). Une tentative de récupération semble peut-être se profiler à ce sujet : on dit, en effet, de plus en plus « fighter », assimilation de l’anglais pour le transformer, mine de rien, en pur français.