Dans un cadre, peu commun

Le Cadre Européen  Commun de Référence pour les langues, constitue une mise au point sur plusieurs thèmes didactiques, au centre, l’évaluation,  (auto-évaluation, traitement des erreurs et évaluation formative) aussi bien que les contenus (du rôle des textes et contextes). Parce qu’il se veut Commun, couvrir une communauté diversifiée, il porte en lui une ouverture pluriculturelle. Des pays européens, comme les Pays- bas, désirant ajouter à leurs examens de langue des cursus du secondaire une plus-value de lisibilité de leurs diplômes, ont tenu une conférence d’experts  à La Haye, pour classer leurs différents examens, en Allemand, Anglais et Français, selon les niveaux du cadre.  : non pas « forcer » ce cadre, mais analyser comment se l’approprier. 

S’il nous incombait d’évaluer des textes et documents selon des échelles et des descripteurs pour des niveaux de compétence, ils portaient uniquement sur la réception : compréhension écrite, essentiellement, et orale ; aux Pays-Bas toutes les institutions scolaires, quant aux langues, proposent des examens où la compréhension écrite représente 50%, les autres 50% laissés au choix des établissements qui répartissent librement les compétences de réception et de production. Il apparut que les principes d’évaluation, questionnaires à choix multiples, textes lacunaires, réponses ouvertes courtes, étaient en partie soumis à la formulation des consignes, qui selon les filières, s’avéraient plus ou moins difficiles à comprendre. Les thématiques, socio- culturelles, les supports, extraits de presse, documents authentiques, correspondaient relativement, à ceux décrits dans le cadre, pour certains niveaux. Dans nos plaidoiries pour défendre notre classement (finalement le document était classé selon la majorité des avis, puis les psychométriciens évaluaient selon courbes et statistiques les seuils de réussite à ces examens-déjà expérimentés- selon les nouveaux classements opérés), il s’avéra que ceux-ci révélaient d’abord des habitudes d’apprentissage et des cultures institutionnelles ; les participants, venus d’Allemagne, d’Autriche, de Belgique, d’Espagne, de France, de Grande Bretagne et de Hollande, selon les systèmes en vigueur dans le secondaire et le supérieur chez eux, défendaient telle formulation, tel document, telle compétence. Les évaluateurs n’ont aucune neutralité, (nous sommes classés par nos classement écrivait Bourdieu) pétris de leur culture autochtone, -supra systémique (débordant des attendus et des cadrages du CECR dans l’exercice de « rigidité » éclairée qui leur était demandé) -découvrent d’autres cursus, d’autres systèmes, d’autres cultures d’apprentissage : aux Pays bas, grande place a toujours été faite à la compréhension écrite (tiens, je croyais que c’était en Chine !) ; au détriment des autres compétences ? Que faire de ce français qui est beaucoup étudié, qui reste choisi à une grande majorité, qui reste très prisé dans le secondaire axé sur la découverte de thématiques développant analyse et réflexion ; il n’est aucune priorité dans les voies d’apprentissage d’une langue aujourd’hui sauf …à se plier au cadre ? Lire, étudier des textes, pas seulement pour apprendre à demander son chemin  ou se déplacer en Europe … Le cadre, dans une flexibilité et une extension inattendue, à l’occasion d’un travail « scientifique », peut d’aventure servir de révélateur à la culture de l’autre…

En ce sens, l’évaluation finale était d’une tout autre teneur qu’une  réussite de mise en cases (en casse ?). Les experts s’expertisèrent et repartir, enrichis d’une expérience d’éducation comparée, interculturelle, hors d’un cadre commun ?