Techno-linguistiques ?

On peut apprécier la puissance d’une réalité quelconque en évaluant sa capacité d’influence sur les formes langagières figurées. Vieille vérité des travaux sur une langue. Nous sommes en train de traverser, in vivo, une période telle qu’une invention récente mais de présence massive dans nos vies quotidiennes, intervient sur les manières, orales et/ou écrites, de pratiquer notre idiome. Nous ne portons évidemment aucune espèce de jugement sur le phénomène. Nous le transcrivons seulement.

Il faut, répètent inlassablement les médias, que tel parti politique « change de logiciel », au point que « les professionnels de la profession » se mettent eux-mêmes à adopter cette « parlure ». L’informatique est entrée dans la langue, et non pas seulement dans les simples « manières » terminologiques (celles qui font, par exemple, que « mail » l’emporte largement sur « courriel »), mais dans l’intimité même de celle-ci, ce qui autorise à penser que, bientôt, ces formes linguistiques nouvelles seront inscrites dans notre inconscient.

« Le disque dur est cassé », manière strictement banale, désormais, de mettre en évidence que l’outillage cérébral qui permet la compréhension, n’est plus en état de fonctionner. L’expression caractérise souvent les très vieilles gens, qui n’apparaissent plus comme capables de saisir les composantes d’une situation, ou, plus largement, tous ceux avec lesquels on n’est pas d’accord, alors même, cela va de soi, que l’on se considère comme détenteur de la vérité ou possesseur d’une opinion droite et fondée.

Les opposants, donc, quand on leur adresse des arguments supposés rationnels « n’impriment pas » n’entendent pas, ne pigent pas. Bon. Donc, il faut s’y faire, l’informatique est devenue ce que l’on appelle depuis très longtemps, un comparant. Peut-être nous transformons-nous aussi, insensiblement, en ordinateurs. Quel Borges nouveau nous brossera une peinture vertigineuse d’une telle mutation ?