Liaisons

C’est désormais un phénomène établi : les innombrables animateurs (et, bien entendu, animatrices) de la télévision et de la radio, c’est-à-dire, soulignons-le, de la communication orale, se dispensent de marquer le pluriel par une liaison qui, pourtant, depuis des siècles, avait droit de cité. On parle régulièrement, sans complexe, des trois « autres otages » qui demeurent dans le monde. Seul David Pujadas, sur France 2, résiste encore et dit, par exemple, « les trois z’autres z’otages ». Il est du dernier snob d’ignorer les marques du pluriel.

Si l’on veut être un type « à la redresse » aurait-on dit autrefois, il faut se libérer d’un maximum de contraintes. Marquer le pluriel en constitue, à l’évidence, une qui pèse lourd. Cela ne doit pas vous arracher les oreilles, Mesdames et Messieurs, c’est une simplification. La signification finale est la même. Et si, justement, ce n’était pas le cas ? Si l’on perdait quelque chose en éludant cette liaison ? Si on accroissait le risque de confusion entre un singulier et un pluriel ? Si l’on introduisait ainsi, un risque de miscompréhension ? De telles considérations modestes et terre-à-terre, ne sont que des subtilités, mes chers amis. Remarquez-le, d’ailleurs : ce sont les animateurs (et trices) les plus imbuvables qui se dispensent de prononcer les liaisons : ils affichent un tel air d’arrogance, une telle autosatisfaction d’avoir atteint une position qui les autorise, croient-ils, à dicter leur loi sans se préoccuper du commun des mortels, que vous n’osez même pas organiser un mouvement qui dénoncerait ce qu’il faut bien appeler des manquements. Le snobisme les réunit, ils nous prennent pour des crétins et portent sur eux-mêmes un jugement non seulement satisfait, mais indifférent au bétail que nous sommes. Sale engeance.