Mélanges langagiers

Si vous vous trouvez à côté de deux (ou plusieurs) étrangers qui parlent la même langue maternelle, vous pouvez constater rapidement que cette parlure étrangère est entrelardée de quelques mots de français ou même de morceaux d’énoncés francophones, qui ne provoquent aucun réaction chez les interlocuteurs et ne se manifestent par aucune rupture de ton, de rythme ou de volume chez le locuteur. Comme une sorte d’idiome en soi, à la fois ancien et singulier.

Les linguistes se sont très peu intéressés à ce phénomène compliqué bien qu’il soit omniprésent dans la communication langagière effective. Est-ce dû à une contamination par le français, résultat peut-être d’un séjour déjà long dans le pays ? Faut-il plutôt en chercher les racines dans une impossibilité de traduire certaines sensations dans la langue maternelle parce que celles-ci, par l’exil, sont radicalement neuves et que, par conséquent, les mots pour les traduire ne se trouvent pas immédiatement disponibles ? Ou un autre motif encore ?

Quand on est auditeur (involontaire) de ces échanges fascinants, on est frappé, en dehors de ces séquences en français et très probablement grâce à elles, de saisir quelques mots dans la langue étrangère : les noms propres (Obama, par exemple, pour moi ce matin au bistro, dans une conversation en arabe), quelques mots épars qui résonnent semblablement au français, évoquent quelque chose (d’énigmatique le plus souvent). Au point que, à l’écoute, il s’agit d’une sorte de sociolecte particulièrement riche en connotations (dont beaucoup sont sans doute fallacieuses) sans que, pour autant, on soit en mesure d’en saisir le sens premier. C’est pour cette raison, probablement, qu’on y goûte un plaisir particulier, espèces de baisers volés linguistiques, qui parlent essentiellement à l’imagination, aux rêveries. A la poésie ?