Liaisons mal t’à propos

Il semble bien qu’existent des erreurs électives en ce qui concerne les liaisons, à l’oral. Je ne parlerai même pas de celles qui, désormais, ne se pratiquent plus du tout, alors qu’elles ont une valeur sémantique décisive. Après ils ou elles, par exemple, on ne prononce plus la liaison, si bien qu’il devrait s’agir, en bonne logique, de il ou elle. J’ai tendance à penser qu’il s’agit d’un snobisme, mais je n’exclus pas tout à fait qu’en vérité c’est une ignorance de conjugaison qui s’exprime ainsi.

Les nombres sont à l’honneur dans cette désormais quotidienneté des liaisons inappropriées. L’autre jour, dans un restaurant où je connais bien les patrons, le présentateur du menu est venu me dire que, il ne fallait pas s’y tromper, le plateau de fruits de mer propose huit z’huitres. Bon, espérons au moins qu’elles soient délicieuses. A la télévision, les s sont régulièrement utilisés pour inventer une liaison qui, probablement, pour le locuteur « sonne » juste. Quatre z’autres joueurs ont été couronnés, cent z’applaudissements ont retenti, etc.

Les s ne sont pas les seuls à subir des liaisons malignes. Régulièrement, les médias (surtout la télévision, beaucoup plus prolifique à cet égard que la radio) se fendent, je veux dire ses journalistes se fendent d’un mirifique « il s’est promis d’aller-t-au bout », ou « un tel va-t-au bout ». Je suppose généreusement que c’est l’euphonie qui guide le locuteur et le conduit à ajouter un t parce que, à ses oreilles, ce supplément équilibre l’énoncé et lui donne son juste balancement.

Tout compte fait, il vaut sans doute mieux le reconnaitre carrément, c’est l’ignorance qui conduit le bal et conduit soit à des liaisons qui n’existent pas, soit, au rebours, à ne pas en marquer lorsqu’il y en aurait légitimement une. « Avez-vous d’autr’amis ? » ai-je entendu tout à l’heure dans la bouche d’un journaliste très connu. Si vous voulez être bling-bling, imitez-le, ou ayez confiance ; si vous voulez rester droit, faites, comme moi, les liaisons adéquates.