Parlures

Je l’ai déjà dit souvent et je ne suis pas le premier : les manières de prononcer le français (et, sans doute, n’importe quelle langue vivante), varient dans le temps et, certainement, le snobisme y joue un rôle. Il n’est pas le seul, certes, mais c’est à lui que je m’intéresserai aujourd’hui. Je rougirais d’avoir à rappeler ce célèbre passage de Proust où le narrateur explique qu’à une certaine époque, on ne pouvait pas être un type bien si l’on utilisait le mot « ascenseur ». Il fallait dire « le lift », comme les Anglais.

Certains en rajoutaient même en prononçant « le laïft ». Il ne faut pas se moquer parce que, depuis peu d’années, fleurit ici l’expression « pas de souci », employée à toutes les sauces, et que les snobissimes parmi les snobs, articulent en « pas de souçaï ».

Le snobisme populaire (si j’ose cet oxymore) est lancé, en ce moment, par les hommes (et femmes) des médias. Ce sont eux qui lancent les modes et vous font aussi l’illusion d’être « dans le vent ». Donc le fin du fin consiste à les imiter parce qu’on accède ainsi à une « distinction » (dont on ne fait que se l’auto-attribuer, mais c’est le lot de tous les snobismes). Pour l’instant une mode vient de s’instaurer : prononcer les « in » : « en », comme dans « sandicats » ou « empression ». On notera, pour être vraiment à la fois dans le mainstream et hors de celui-ci, que cette parlure fallacieuse ne se marque qu’en début de mot et jamais à la fin de l’expression : sans doute les parleurs ont-ils oublié entre-temps qu’il fallait parler de cette manière pour être véritablement considéré comme quelqu’un.