Parents d’enfants, parents d’élèves ?

Au pied de l’ascenseur, dans mon immeuble. J’attends à côté d’une jeune femme, extrêmement nerveuse, tendue. Au temps où j’étudiais la psychopathologie, on aurait dit qu’elle était « sthénique ». Elle tient par la main une petite fille qui doit avoir entre trois et quatre ans. Elle semble guetter l’ascenseur qui descend des étages. Elle me crispe un peu, par son excitation même.

Alors arrive l’ascenseur. A ma surprise, un tout petit garçon, cinq ans au maximum, en sort, souriant, l’air content de lui, arborant l’air de celui qui vient de commettre une bêtise et se félicite d’avoir embêté les adultes.

  • Mathias, hurle la jeune femme, visiblement sa mère. Tu as eu peur, hein ?
  • Non, dit-il calmement, sans autre commentaire.

Alors à ma surprise totale, elle ajoute :

  • Si !

Je reste comme deux ronds de flan. Je savais déjà, depuis longtemps, que les adultes avaient tendance à projeter sur leurs enfants leur nervosité, leurs fantasmes, leur stress, leur manquements. Mais là c’était presque caricatural. Heureusement le prénommé Mathias semblait s’en soucier comme de colin-tampon. J’ai irrésistiblement pensé à internet et aux portables : les parents reprochent sans cesse à leurs enfants d’être « accros » à ces engins, mais ce sont eux qui en usent et en abusent jusqu’à table, dans la salle de bains, ou même au lit. Fais ce que je dis mais ne m’imite pas.