Qui est jeune (ou vieux) ?

C’était pendant un de mes cours de maîtrise FLE (aujourd’hui master 1). J’essayais de faire comprendre aux étudiant(e)s ce qu’étaient les effets intergénérationnels. Les élèves ne vieillissent pas, puisqu’ils se renouvellent. Les enseignants si. Il est clair qu’un enseignant de trente ans est, culturellement et socialement, plus proche de ses étudiant(e)s que s’il a soixante ans. La proximité culturelle contribue à la connivence, la complicité, entre des élèves et un prof.

Comme chaque année, il y avait deux blocs dans la classe. Les jeunes (en gros moins de vingt-cinq ans) et les plus chevronnés (pour la plupart stagiaires annuels, « longs », comme on disait, du Crédif et du Belc). Ils ne partageaient jamais le même avis. Après l’injection que je faisais, ils se mettaient à discuter et, régulièrement, finissaient par s’engueuler. Cette fois-là une très jeune fille, qui n’avait pas sa langue dans sa poche, a dit tout à coup :

  • Il (c’était moi) a raison. L’année dernière j’étais lectrice dans une université de Chicago et j’étais la plus jeune. Or c’est vers moi que venaient des étudiants lorsqu’ils avaient un problème.

Je me taisais car mon métier, à mes yeux, consistait à « les » faire discuter, même violemment. Les « chevronnés » se sont rebiffés et l’une d’entre eux a dit :

  • Ils étaient vraiment vieux tes collègues ?
  • Ah oui (avec fougue) !
  • Quel âge ?
  • Quarante ans.

Nous avons tous été saisis, notamment moi qui avais justement cet âge.