Indulgence et compréhension

En 1946, juste après la fin de la guerre, le Recteur de l’Académie de Paris a décidé de créer un examen spécial d’entrée à l’université, qui, comme le baccalauréat, donnerait accès à l’enseignement supérieur. C’était une seconde chance pour ceux qui avaient gâché leur enseignement secondaire. Il n’avait de valeur que pour la Sorbonne (alors la seule université de la capitale), comme c’était normal puisque l’initiative était seulement locale.

On sait ce qu’il est advenu de cet examen, désormais présent partout en France, et connu sous le nom d’ESEU (examen spécial d’entrée à l’université). Dès 1946 existaient un écrit et un oral. Pour le premier oral et pour donner du lustre à ce petit événement, le Recteur a désigné Gaston Bachelard et Jean Guitton.

L’une des candidates, admissible donc, est arrivée devant les deux maîtres, sous les lambris et les lustres d’une salle de la Sorbonne. Elle s’est assise et a immédiatement fondu en larmes. Ils ont essayé longuement de la consoler, de la régénérer : rien à faire. En désespoir de cause, Bachelard l’a reconduite à la porte et, en revenant, a lancé à Guitton.

  • Naturellement, mon cher collègue, nous lui mettons dix sur vingt.

Extraordinaire générosité, qui tranche avec l’académisme habituel. Guitton n’a pas osé protester, je suppose. On a toujours une chance, tel est le message bachelardien. Tout le monde peut avoir une défaillance momentanée. Il faut faire confiance et donner confiance. Il est vrai que les dorures sorbonnardes et la notoriété des examinateurs avaient de quoi intimider la candidate.