Sonorités

Quand j’étais très jeune, en classe de troisième, j’ai été témoin d’une scène qui reste encore pour moi aujourd’hui, fortement énigmatique, bien qu’elle ne revête aucune importance, même sans doute linguistiquement. Nous avions subi une dictée dans laquelle se trouvait un mot au moins directement issu de l’italien. L’une des questions sur le texte consistait à proposer d’autres noms dérivés de cette langue. Nous nous sommes allègrement lancés, en privilégiant une terminaison en « o ».

Alto, diabolo, tout y passa dans la cacophonie montante. On ne s’entendait plus. Et puis, comme toujours en de telles circonstances, après une apogée, le tohu-bohu retomba tout d’un coup. Alors, dans le silence brusquement revenu, l’un des élèves, qui avait, en somme, mal réglé son tir, proclama, hautement, tout seul : waterloo. Eclat de rire général. L’impétrant resta confus. Le prof qui, certainement, riait sous cape, lui colla un avertissement, mécontent mais sans plus.

Une autre question, à peine cinq minutes plus tard, nous enjoignait de fournir des mots construits sur le même principe morphosyntaxique que « parachute », avec le préfixe « para » signifiant, en gros, la protection. Très normalement, chacun se mit à glapir ses trouvailles : parapluie, parasol, etc. Puis le brouhaha, après une acmé, cessa d’un coup. A cet instant, le même élève que tout à l’heure, décidément fâché avec la synchronisation, hurla en solitaire, et après coup : « par hasard ».

C’était génial et la classe fut balayée par une onde de rire, une tornade, une véritable jouissance, une vague joyeuse. Le prof laissa passer le premier orage, puis, dans le silence revenu, dit seulement, avec le calme de la magistralité : « Un tel, ça fait deux fois, soit une fois de trop ; tu seras consigné dimanche ». Une punition relativement sévère pour une jubilation d’un instant ? L’école en est-elle encore là ?