La certification de masse

Insuffisances de la certification de masse

Pour contribuer à la réflexion estivale sur les certifications, voici un billet de Louis Porcher, paru en décembre de l’année dernière. M.B.

"Il ne s’agit pas ici, cela n’aurait exactement aucun sens, d’essayer de contrecarrer l’industrialisation de l’évaluation qui conduit à une certification : celle-ci est devenue inéluctablement massive. Il est impossible d’éviter cet avatar, tant à cause des postulants devenus dorénavant innombrables (puisque presque tous les individus ont besoin, professionnellement, de posséder de véritables compétences en langues étrangères) que pour que les employeurs (dont ce n’est pas le métier) ne butent pas devant une sorte d’obstacle à l’embauche.

A mon avis, il n’y a là-dedans aucune discussion possible. Les temps, simplement, ont changé et l’enseignement doit impérativement s’adapter aux nouvelles situations (et non pas se raidir et s’obstiner sur l’inverse). Reste que cette évaluation de masse, qui donne lieu à la délivrance de certifications elles-mêmes de masse, ne fournit pas le même type de résultats que ceux auxquels conduisait autrefois l’évaluation qui ne s’adonnait qu’à quelques-uns.

Il lui a fallu, notamment, standardiser ses épreuves et, pour cela, sélectionner les compétences qu’elle cherche à révéler en priorité. Elle a été contrainte de définir peu ou prou, un élève moyen (ou plutôt modal) qui a pour caractéristique principale une inexistence en chair et en os au profit d’une existence simplement statistique. Elle a donc dû renoncer à mesurer telle ou telle aptitude, à entrer dans tel détail, et elle a privilégié des capacités quantitatives à des savoirs qualitatifs.

L’erreur consisterait justement à exiger que dans ces nouvelles conditions, l’évaluation reste de même nature que lorsqu’on le menait seulement pour quelques-uns. On ne saurait l’utiliser de la même manière que celle dont on se servait autrefois : les besoins ne sont pas les mêmes."