L'ASDIFLE à Durban (par Geneviève Baraona)

13ème congrès mondial FIPF

 

Le XIIIe Congrès mondial de la FIPF  se tenait pour la première fois en Afrique, à Durban, Afrique du Sud, pays où le français ne fait pas partie des 11 langues officielles (qui comptent l’Afrikaans, l’Anglais et 9 langues africaines dont les plus parlées sont l’IsiZulu, le Xhosa, langue à clic, le Sotho, le Venda …) mais où son enseignement est en progrès constant (depuis 1994, fin de l’Apartheid), choisi comme 3ème langue en cursus scolaire à partir de la classe de 3ème ou lié au désir d’une culture personnelle, et en passe d’obtenir un nouveau statut avec l’arrivée, depuis une dizaine d’années, d’immigrants francophones (Mauriciens et Africains),  venus s’installer dans un pays où la croissance, malgré des problèmes politiques autant qu’économiques et sociaux, reste forte et où le mode de vie laisse place à un nouvel espoir.

Le français, moins parlé que d’autres langues, reste avec l’anglais une  langue mondiale, présente sur les cinq continents et enseignée et apprise dans de nombreux pays du monde. Si à partir des années quatre-vingt dix, on se rend compte que le français n’est pas propriété de la France mais langue internationale (FLM/FLE/FLS), monsieur Lopez, représentant de l’OIF, prévoit qu’en 2100, 99% des francophones seront africains et il nous brosse un tableau où sans l’Afrique, le paysage francophone serait désolé. Le mouvement des indépendances, dès les années soixante, a constitué une aubaine pour la langue française avec vingt états souverains à l’ONU, proclamant le français comme langue officielle (et dans l’UNION africaine…).  Devenue langue de communication entre les peuples nationaux, d’échanges, autant pour l’économie que la diplomatie entre les différents pays/ africains du continent, la vitalité du français augmentant chaque année de 5% en moyenne, alors que ses locuteurs représentent déjà 80% des francophones (45% de la population africaine), on peut dire que le destin de la langue française se joue en Afrique. Ainsi, la prise de conscience du poids de l’Afrique dans la Francophonie institutionnelle souligne les espaces où le français a de beaux jours à vivre. Il conclut que dans un monde globalisé le français doit sa dynamique à la diversité des contextes, de fait plurilingues. Comment tirer partie des concepts et de la méthodologie  issus de cette dynamique? Sur ce continent, le français,  équilibre entre différentes langues, exprimé en pluri-identités, ayant plusieurs centres, ne peut être enseigné de la même façon partout, et les normes locales modulent  les normes standards : si on parle de langue  de scolarisation, comme au Congo, la coexistence entre langue seconde  et langue première constituera  un trait marquant pour la didactique. Des partenariats se sont instaurés entre cultures et langues ainsi que des programmes (ELAN) et des instruments (grammaires plurilingues, Dictionnaire Plus) créés pour l’apprentissage mutuel des langues  en enseignement bilingue (OIF) dans la complémentarité et l’émulation. Le thème du congrès prend alors tout son sens : Le monde en marche. L'enseignement du français entre mondialisation et contextualisation. Comment, à partir de ce type de contexte plurilingue de l’enseignement du français en Afrique, faire vivre le français, dans le respect des langues nationales et locales ? Cette interrogation articulait le cœur des réflexions et pratiques des communications du Congrès de Durban.

 

 

Un Espace  Alter- natif pour des pédagogies innovantes ?

Le programme ALTER- natif proposait des représentations et un concours dans un cadre ouvert aux échanges. Ses ingrédients : créativité, partage, émotion, au service de l’enseignement et de l’apprentissage du français. Il s’est déroulé en huit  interventions autour de la musique, de la danse, du théâtre, du conte, du cinéma, de la poésie… Cette catégorie « Autre », fondée sur l’idée de l’altérité et de la rencontre, mettait l’accent sur une identité culturelle,  créant alors une richesse dans la diversité. Cet espace différent et atypique, en marge du programme scientifique mais au cœur de l’action pédagogique, a mis en valeur  des approches interactives et pluridisciplinaires. Citons le Concours de films de poche pour élèves du secondaire organisé dans le cadre de l’association de professeurs de la région sur le thème « L’Afrique du Sud en marche », Le tango (danse, musique et terminologie des disciplines corporelles),  Le théâtre, La musique, La chanson, (selon des didactiques du français et de la culture francophone revisitées en fonction du cadre socio-environnemental des apprenants avec psalmodies, incantations, rythmes rap…) et Les Dix mots à Durban (lauréat du concours) pour une maîtrise des décalages linguistiques, en ateliers d’écriture créatifs.

Au sein de ce programme  nous animions,  avec une lectrice à voix haute des

 Partages poétiques 

La poésie, lieu où la langue est maintenue à un haut degré d’intensité, médiatrice pour la compréhension et l’apprentissage de la langue, sensibilise à l’émotion radicale procurée  par  les mots.

Nous avons proposé différents temps ludiques de Partages poétiques  pour donner à entendre, à lire, des fragments de l’immense diversité de la poésie, laboratoire de formes qui renvoie au complexe, à notre « moi » inscrit dans le monde.

Les temps collectifs  amenaient les participants  à découvrir des textes et des cultures à travers langues originelles et traductions par des mises en voix (seul ou en chœur, à voix haute ou à voix basse…) au-delà de la forme traditionnelle de la récitation, les entraînaient à raviver leur mémoire et à faire jaillir ou créer  des langages poétiques en puisant des textes dans des boites à poèmes, en re- inventant des définitions poétiques (Couette : cou d’enfant qui dépasse des cheveux en dormant./ Silhouette : vague forme que l’on devine dans le lointain souvenir d’une enfance presque effacée.JP Simeon)

Les temps plus intimes offraient l’écoute de textes, murmurés  à l’oreille à travers une sarbacane ( inspiré des Souffleurs), ou entendus  ou lus  individuellement, dans un espace de repos, « un corridor poétique » où  platines et écouteurs, textes enregistrés et recueils d’auteurs étaient mis à disposition. Très apprécié, les participants fréquentaient ce lieu alter- natif,  et repartaient en semblant dire, après Robin Renucci : « Notre regard est agrandi, sur nous et sur les autres, sur les lieux et les objets lorsqu’un poète nous a conviés à l’exploration de l’inconnu ». 

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