Pour un retour à une pédagogie par objectifs

Il est impossible, pour l’instant, dans l’état actuel de la réflexion sur la didactique des langues et, en particulier, du français langue étrangère, de dresser un storytelling de notre discipline ; il faut bien, donc, se borner à quelques souvenirs historiques, de temps en temps, quand le besoin s’en fait sentir. Une telle approche n’a qu’une pertinence modérée, certes, puisqu’elle renonce à toute continuité et à toute globalisation, les deux caractéristiques majeures d’une pensée scientifique véritablement en mouvement.

Beaucoup d’avancées dans l’épistémologie de la didactique des langues sont rejetées au magasin des accessoires sous prétexte qu’elles datent d’autrefois (sans précision) et sont donc désormais obsolètes. Mais c’est tout simplement faux. Certains points (ou, si l’on veut, certaines découvertes) gardent en effet toute leur valeur. Il en va ainsi, par exemple, de la pédagogie par objectifs, qui a connu son heure de gloire et est tombée, aujourd’hui, dans le mépris le plus grand. On a perdu toute conscience de ce qui fait un apprentissage, c’est-à-dire un travail dans la durée, un parcours, une trajectoire, une évolution (de l’élève).

Définir un objectif, c’est définir un but, un endroit vers lequel aller, mais en termes opératoires et l’assortir obligatoirement (ce que l’on oublie souvent) des modalités rigoureuses de son évaluation. Or, désormais, celle-ci est devenue un but en soi et, du coup, on en oublie l’objectif lui-même. C’est celui-ci, pourtant, qui fixe la pédagogie elle-même, sa démarche, sa progression, en sorte que l’enseignant et les apprenants soient en mesure de percevoir, opératoirement aussi, la progression. Je ne sais pas pourquoi cette pratique a été peu à peu abandonnée alors qu’elle constitue, à n’en pas douter, la colonne vertébrale de toute pratique rationnelle et non fortuite.