Langues et hiérarchies

On glose beaucoup sur les critères du « classement de Shanghai », et effectivement il y a de quoi. Il ne prend pas en compte, par exemple, l’enseignement, qui incarne pourtant l’une des principales responsabilités des universités ; il ne s’intéresse qu’à la recherche qui, elle aussi, certes, engage largement l’université, mais ne saurait en être la seule dimension. En outre, « le » Shanghai surestime considérablement ce qu’on peut encore appeler les sciences dures (en gros celles de la matière) et sous-évalue la part des sciences humaines.

Cela posé, qui est vrai, il appartient aux autres pays que la Chine, d’élaborer et de valider un autre mode de classement, d’autres critères, d’autres aspects caractéristiques des universités. Ce n’est pas si facile, apparemment, puisque, pour l’instant, rien n’est sorti de cette, pourtant, nécessité. Lors de la parution du dernier « Shanghai », il y a un mois environ (août 2012), un haut spécialiste a écrit : « Les chercheurs français n’occupent pas les premières places du classement pour les publications car, pour la plupart, ils publient dans une langue morte, le français ».

Enorme vacarme, dans notre Landerneau, évidemment. Une langue morte le français ? Certes l’expression employée est excessive et injuste. Elle n’en témoigne pas moins d’un état de fait peu contestable : dans le domaine des publications de recherche, seul l’anglais est la langue explicitement valorisée. Publier en français c’est donc, d’emblée, s’infliger un handicap. On peut s’en féliciter ou le déplorer (pour ma part je le déplore hautement et fais ce que peux pour aller contre ce fleuve), mais la constatation, elle, est sans appel. L’éthique de la responsabilité nous commande donc d’y préparer les jeunes, c’est-à-dire de leur donner certes, une maitrise efficace de l’anglais, mais, en même temps, de les sensibiliser à la situation des langues.