Voilà

Il y a une recrudescence des « voilà » dans la parole publique, ou, plutôt, médiatique. Le joueur de football (ou tout autre sportif), le chanteur (ou tout autre people), dès qu’on leur pose une question pourtant, par force, bien banale, surabonde de plus en plus de « voilà », pratiquement à chaque émission de voix. Ce n’est certes pas la première fois que je consacre une chronique à ce phénomène, mais il va en s’amplifiant, et il faut essayer (sans y croire vraiment) de l’endiguer. Même des profanes s’en rendent compte : nombreux sont ceux, depuis quelques mois, qui m’interrogent sur le sujet, parce que je leur parais être un spécialiste.

Liaisons

C’est désormais un phénomène établi : les innombrables animateurs (et, bien entendu, animatrices) de la télévision et de la radio, c’est-à-dire, soulignons-le, de la communication orale, se dispensent de marquer le pluriel par une liaison qui, pourtant, depuis des siècles, avait droit de cité. On parle régulièrement, sans complexe, des trois « autres otages » qui demeurent dans le monde. Seul David Pujadas, sur France 2, résiste encore et dit, par exemple, « les trois z’autres z’otages ». Il est du dernier snob d’ignorer les marques du pluriel.

Impératifs

Il est possible que le phénomène ait commencé avec le Indignez-vous de Stéphane Hessel. Indépendamment de la justesse de la cause défendue, et de l’obligation qu’elle contient, contre lesquelles je n’ai aucune objection, au contraire, il faut bien reconnaître que ce tout petit livre ne se caractérise pas par la sophistication du raisonnement : il est, en somme, accessible à toutes les bourses, sans jeu de mots et il n’est pas très difficile, en le lisant, de se donner la sensation délicieuse de devenir un penseur, ou digne d’en accompagner un.

Les innombrables

Une technique est apparue très récemment dans les émissions publicitaires de la télévision et, sans doute, de la radio : celle qui consiste à fixer des pourcentages apparemment calculés au chiffre près. Telle crème nous gomme presque aussitôt cinquante-huit pour cent des rides (58 %) ; telle autre invention nous fait gagner, en quelques jours, treize ou même quinze pour cent (13 % ou 15 %) en termes de poids ; il vous faut neuf jours (par exemple) grâce à tel produit, pour récupérer un air et une allure de jeunesse homme (ou femme). On voit bien le piège.

Attention, focus

Les importations lexicales, comme les déplacements de sens, s’inscrivent parmi les apparents mystères d’une évolution linguistique. Tout à coup, soit un mot neuf soit une signification nouvelle apparaissent et s’implantent. La toute-puissance de la télévision (où siègent les personnalités les plus prestigieuses que presque chacun désire imiter), celle maintenant d’internet, joue dans ce secteur un rôle considérable. Qu’un personnage bling-bling, féminin ou masculin, s’exprime en plaçant, apparemment de manière fortuite au milieu de son discours, tel ou tel mot ou expression constitue un puissant relais pour l’implantation de celui-ci ou de celle-ci.

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